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Matera

Matera est probablement l’établissement habité sans interruption depuis le plus longtemps en Europe : on vit dans les grottes de ce ravin depuis neuf mille ans. C’est aussi la seule ville italienne passée, en soixante-dix ans, du statut de « honte nationale » — l’expression fut prononcée au Parlement — à celui de Capitale européenne de la culture. En 1952 une loi de l’État en ordonna l’évacuation forcée : seize mille personnes furent transférées dans des quartiers neufs, et les Sassi restèrent vides trente ans. Le savoir avant d’arriver change la visite : ces maisons ont été abandonnées par décret et réhabitées par choix.
La structure n’a pas d’équivalent. Les maisons sont en partie creusées dans la roche et en partie prolongées vers l’avant avec la pierre extraite, superposées le long de la pente d’un canyon : le toit d’une maison est la rue ou la cour de celle du dessus. Il n’existe pas de rues au sens habituel, seulement des parcours qui passent sur les toits — c’est pourquoi, en se promenant, on se retrouve sans cesse sur des terrasses qui sont la maison de quelqu’un. Dessous, invisible, se trouve l’autre moitié : un système de citernes et de canaux qui a rendu possible neuf mille ans de vie dans une zone sans rivières.
Deux choses pratiques. Les chaussures : ici il n’y a pas de rues plates mais des escaliers de calcaire poli qui glisse, et la ville est fatigante. La chaleur : en juillet et août la pierre blanche réfléchit le soleil et les Sassi dépassent 38 degrés sans un brin d’ombre.
Avec un jour on voit les deux Sassi, le Palombaro Lungo — une citerne de quinze mètres de haut sous la place principale, redécouverte par hasard en 1991 — une maison-grotte meublée comme elle l’était, et le coucher du soleil depuis l’autre versant du ravin. Avec trois, on traverse le canyon à pied vers le parc de la Murgia, où les moines grecs creusèrent à partir du VIIIe siècle plus de cent cinquante églises, et l’on atteint la crypte du Péché originel, aux fresques de l’an mille dans une grotte qui servit d’étable à moutons jusqu’aux années 1960.